Un enseignement d’Ustadha Anse Shehnaz Karim

Je discutais récemment avec une nouvelle connaissance, une mère de trois garçons – presque tous adultes aujourd’hui. Elle était de passage en ville pour rendre visite à un de ses fils.
Elle m’expliquait qu’elle commençait à découvrir le cheminement spirituel– elle avait toujours prié et jeûné, mais à présent elle commençait à découvrir ce qui repose au cœur de ces pratiques. Plus tard dans la conversation, je lui ai demandé des nouvelles de ses fils. Elle me disait que l’un d’entre eux venait tout juste de devenir professeur de yoga. Je lui ai alors demandé si elle avait déjà essayé le yoga. Elle m’a répondu : « J’arrive à faire les postures, et c’est très bien, mais le type de yoga qui m’a été présenté nécessitait de se vider la tête, et ça, je n’y arrivais pas du tout ! Je ne faisais que penser à toutes les choses que je devais faire ! Il m’était tout simplement impossible de faire le vide dans ma tête. Donc pour ce qui est de la méditation, j’imagine que je suis incapable de le faire. »

Me voilà donc face à cette maman de trois enfants, laquelle se sentait incapable de méditer car elle ne parvenait pas à retirer ce qui la rendait si belle : sa capacité à penser à toutes ces choses essentielles pour pouvoir prendre soin de ceux qu’elle aime.

En écoutant cette femme et les conversations des autres femmes dans la salle, j’ai pu remarquer qu’elles menaient toutes des vies empreintes de souci pour les autres : pour leurs parents âgés, pour leurs enfants qui grandissent, leurs époux, leur communauté. Chaque femme dans cette salle était comme un chef d’état-major en charge de grandes opérations. Et j’ai trouvé chacune d’entre elles si belle dans le rôle important qu’elle endossait – celui de prendre soin des autres.

N’importe quel leader vous dira que réussir dans ce genre de rôle nécessite un travail de réflexion permanent. Si l’éveil spirituel ne s’atteignait qu’en faisant le vide alors ni mère, ni leader ne l’atteindrait. À vrai dire, ils auraient plutôt le sentiment d’être désavantagés. Et ce n’est donc pas étonnant qu’autant de mères de familles que j’ai pu rencontrer ne se sentent pas comme de bonnes musulmanes – selon elles, elles sont bien trop prises par l’éducation de leurs enfants pour pouvoir apprécier les moments de calme qu’elles pensent être la recette pour la croissance spirituelle.

Si l’éveil spirituel ne s’atteignait qu’en faisant le vide alors ni mère, ni leader ne l’atteindrait.

Tandis que les femmes dans la salle discutaient de la nécessité d’être sur plusieurs fronts en même temps, tout en plaisantant sur le fait que le monde s’arrêterait sûrement de tourner si Dieu ne leur avait pas donné cette capacité – j’ai réalisé ceci : cette magnifique voie spirituelle qu’est l’Islam ne cherche pas à décourager les gens d’avoir la tête pleine de pensées nécessaires pour gérer une vie familiale et communautaire. Il n’existe pas de dichotomie entre les pratiques spirituelles et les pensées qui doivent être là pour gérer un foyer et une famille.

L’art d’être multitâche, l’art de se soucier des autres et de réfléchir à la meilleure façon de répondre à leurs besoins, l’art de les valoriser et de les assister est un art louable et honorable en Islam. Pourquoi alors chercher à s’en défaire ? Pourquoi laisser croire ceux qui le vivent que c’est cette qualité qui les éloignerait de Dieu ? Quelle étrange conception de la spiritualité !

Cela m’a fait réaliser que la forme de méditation que nous pratiquons dans la Voie de l’Islam ne nous demande pas de nous débarrasser de nos pensées. Se vider la tête n’est pas un requis. Il nous faut simplement l’illuminer. Il faut juste laisser la lumière entrer.

Se vider la tête n’est pas un requis. Il nous faut simplement l’illuminer. Il faut juste laisser la lumière entrer.

Et c’est bien là le rôle du Dhikr. Faire du dhikr n’est pas faire le vide, c’est plutôt illuminer son esprit et ses pensées. C’est laisser les pensées que nous avons s’imprégner du rappel de Dieu et connecter de puissantes phrases sur Dieu et sur qui Il est avec nos pensées et nos soucis existants.

Cette forme de pratique spirituelle n’est donc pas destinée à une élite déconnectée des réalités du quotidien. Le dhikr n’est pas destiné à ceux qui arrivent à se couper complètement du monde ni pour ceux qui vivent sur un nuage sans le moindre souci… Le dhikr est fait pour celles et ceux qui sont occupés.

Notre Guide Universel Muhammad, que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière, ainsi que notre connexion à lui, nous a été envoyé pour ouvrir les portes de l’accomplissement spirituel à la personne moyenne : à la personne occupée, à la maman qui doit répondre sans cesse au flot continu des demandes de ses enfants, au père qui jongle entre de longues journées passées au travail et ses engagements envers sa communauté et sa famille, au leader sollicité de toute part qui a tant de projets en cours.

Le Prophète ﷺ est venu non pas pour nous apprendre à nous vider la tête, mais pour l’illuminer – pour y allumer la lumière afin que nos pensées deviennent plus claires et plus fortes, qu’elles soient plus bénéfiques et orientées vers la bonne direction.

Le dhikr est la *pensée* de Dieu. Le Prophète ﷺ a mis à notre disposition des phrases toute prêtes, des mantras à prononcer, pour nous amener à la méditation et à l’élévation dans notre vie quotidienne. Petit à petit, notre esprit va à la rencontre du dhikr que l’on récite, et nos pensées se mêlent à l’évocation de Dieu et tout cela se transforme en une merveilleuse symphonie sur la manière de concevoir la vie, gérer ses difficultés et remplir ses devoirs.

Si l’on répète Alhamdoulillah 20 fois, ce dhikr fusionnera avec les tâches que l’on est en train d’accomplir et avec les pensées nécessaires pour mener à bien le travail de cette vie. On peut chanter les louanges de Dieu pendant qu’on lave la vaisselle, pendant qu’on passe la serpillière, pendant qu’on nourrit son bébé ou pendant qu’on organise sa journée – parce que toutes ces choses font partie de la même histoire : notre histoire avec Dieu. Et il n’y a rien d’anodin ou d’indigne lorsque l’on est au service de Sa création.

Témoignez de la présence du Seigneur dans vos pensées et dans votre existence quotidienne. N’attendez pas un moment de calme pour chercher Dieu : Il est avec vous dans le rythme frénétique de chaque journée.

N’attendez pas un moment de calme pour chercher Dieu : Il est avec vous dans le rythme frénétique de chaque journée.

Le dhikr n’est pas une échappatoire pour fuir ses responsabilités. Le dhikr ne requiert pas de vous que soyez immobile et calme tel un moine. Le dhikr est la lumière que vous faîtes briller sur tout ce que vous êtes déjà en train de faire dans cette vie occupée qu’est la vôtre. C’est cette illumination qui vous aidera à mieux voir et à faire tout ce que vous avez à faire, tout en le faisant mieux encore et en le sublimant. Vous êtes occupée, et c’est tant mieux.

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