J’ai choisi le hijab envers et contre tous

Nous souhaitons, semaine après semaine, donner la parole aux femmes afin qu’elles nous racontent leurs choix, leurs histoires et qu’elles partagent avec nous un petit bout de leur vie.

Voici pour premier témoignage celui de Samia qui a choisi, envers et contre tout et envers et contre tous, de porter le voile :

J’ai choisi le hijab envers et contre tousHeureuse je suis de porter le voile aujourd’hui et de vivre pleinement ma religion, mais triste je suis car ma famille m’a mise en garde contre le voile bien avant que je ne décide de le porter et est allée jusqu’à me menacer si « j’osais un jour le mettre ».

Heureuse je suis car je vis aujourd’hui seule et loin de ma famille et je porte donc librement mon voile, mais triste je suis car je le fais en cachette de mes proches. Je vis donc une double vie : quand je vois mes parents, je l’enlève afin d’éviter le conflit. Les traditions familiales peuvent bien me briser le cœur mais elles ne toucheront jamais ma foi ni mes convictions, et Allah est mon gardien, Al Hamdulillah.

Heureuse je suis d’avoir des proches et de garder de bons liens avec eux, mais triste je suis de ne pouvoir être moi-même et de ne pas partager mon amour d’Allah avec eux.

Heureuse je suis car j’habite dans une grande ville où il est plus facile de porter le voile et de passer inaperçue mais triste je suis car chaque jour la haine grandit : on me dévisage dans le métro, dans la rue , et ces regards incessants et insistants me font bien sentir que je ne suis pas la bienvenue.

Heureuse je suis de ma citoyenneté française, mais triste je suis car aujourd’hui mes droits sont bafoués. Plus les jours passent et plus je sens la haine grandir contre les musulmans, notamment nous, les femmes voilées, qui avons l’air « de déranger » avec notre voile.

Khalil Gibran disait « Il n’y a pas de joie sans tristesse ».

Mais jamais je n’aurais cru un jour devoir vivre ainsi. Et moi qui pensais que le plus dur avec le voile était de changer ses habitudes : vestimentaires, comportementales etc…et finalement, je me rends compte que je me suis adaptée naturellement, car quand le cœur devient pudique, le corps suit. Je me sens tellement bien, et je vois bien que je suis respectée en tant que femme, dans ma communauté. Et ma féminité n’en est pas moins touchée, au contraire je me sens belle car je me sens comme « protégée », « intègre » et je vois bien que les gens de ma communauté ne voient plus en moi un objet « d’attraction » mais une femme épanouie et rayonnante. Non finalement ce qui a été le plus dur pour moi c’est d’entendre dans ma famille avant même que je ne porte le voile des propos comme  » tu n’as pas intérêt à porte le voile sinon gare à toi! » ou encore « elles n’ont qu’à s’étouffer avec leur voile toutes ses femmes »… et pourtant je suis d’origine maghrébine , et mes parents sont musulmans …mais cela ne fait pas partie de leur  » traditions », qui en fait sont loin d’être musulmanes … Je suis blessée et déçue, mais je me dis que j’ai de la chance car d’autres vivent pire que moi.

On dit que c’est lorsque que l’on perd quelque chose qu’on se rend compte de l’attachement qu’on en a. Et bien, chaque jour je me dis que je peux « perdre mon voile » …si mes parents étaient au courant …ou si quelqu’un m’agressait dans le métro …si on me l’arrachait (aujourd’hui je me fais agressée « visuellement » mais demain cela pourrait devenir physique), et plus je pense que je pourrais perdre le bonheur de porter le voile, plus je m’y accroche.

J’aimerai tant oublier ces mots tels qu’ « islamophobie », « différence », « menace »…
Je me dis qu’Incha’Allah, un jour, les masques de l’ignorance tomberont et laisseront place à des visages rayonnants d’amour et de fraternité.
Mon voile est ma pudeur, je ne fais de mal à personne alors pourquoi tant d’injustice? Je suis un être qui aime, qui sourit à la vie, et qui cherche à faire le bien. Pourquoi tant de mal ?

J’aimerais tant entendre ces mots autour de moi : liberté, égalité , fraternité, amour pour son prochain, tolérance, respect de ma pudeur, recherche de la compréhension, partage, respect des religions, famille unie, solidarité, soutien dans l’épreuve , amour d’Allah… Le dernier de ces mots me suffit et c’est ce qui me donne le courage de vivre, de me battre et d’avancer dans la vie avec mes convictions, Al Hamdullilah, à 31 ans.

La vie est faite de tant de couleurs que quand bien même certains chercheraient à l’assombrir, ils ne pourraient pas modifier d’un ton ne serait-ce qu’une seule de ces teintes, car toutes ces couleurs réunies forment la lumière qui illumine notre vie, et tant que je pourrais tourner mon visage vers cette lumière, on ne pourra m’en priver.

Samia
Propos recueillis par Emilie Ibé