J’ai monté mon entreprise

« Musulmane pratiquante depuis l’adolescence, il me manquait une chose importante à mes yeux pour mon épanouissement personnel vis-à-vis de Dieu : LE HIJAB. Qui dit Hijab, dit difficulté à travailler…. Titulaire d une maitrise en commerce international j ai toujours travaillé et je ne me suis jamais imaginé rester à la maison.

J’ai de ce fait réalisé que je devrais devenir mon propre patron ! J’ai donc décidé d’ouvrir une boutique de vêtements islamiques mais pas seulement, également une boutique pour les filles qui ne sont pas forcément voilées mais qui ont une certaine pudeur….

An Nissa est le fruit de mon expérience personnelle. Comme toutes les femmes du monde, j’ai longtemps cherché des vêtements qui correspondraient à mes goûts personnels et à mes envies du moment. Je me suis tout naturellement orientée vers les magasins traditionnels ou certains sites internet. Mais force est de constater que l’on a vite fait le tour des produits (offre très peu variée voire limitée). En outre, certains magasins ne disposent pas d’’infrastructure pour essayer leurs produits. Face à ces contraintes et à la déception que cela générait, je me suis dit que je ne devais pas être la seule femme à ressentir ce manque. C’est donc tout naturellement que j’ai décidé de franchir le pas en créant ma propre boutique. Ce magasin je l’ai voulu comme un symbole de la créativité, où chaque femme pourrait retrouver des produits qui incarneraient la femme qu’elle est. »


Nawel

Je m’appelle Camélia, j’ai 24 ans et cette année j’ai monté une entreprise, non pas pour me faire beaucoup d’argent mais simplement pour prier à l’heure.

Durant des années, j’ai travaillé dans le milieu bancaire, milieu que j’ai vite essayé de quitter car je ne supportais plus d’avoir la sensation de voler les gens en leur vendant des produits haram (crédits à la consommation, comptes d’épargne avec intérêt, etc.). Et je m’étais très vite grillée car j’avais pris la décision de devenir déléguée syndicale CGT afin de gagner le droit de travailler dans des conditions dignes.

Malgré ma réputation de « fouteuse d’embrouille », je persistais à ne pas démissionner, quitte à être mise à l’écart et à être fuie comme la peste. Le seul avantage que j’avais était mon petit bureau de déléguée syndicale, éloigné et isolé, idéal pour prier en toute quiétude.
J’ai quand même fini par trouver une place dans une autre banque, mieux payée et un peu moins dans le haram. Malheureusement faire ses prières à l’heure et tranquillement était quasi impossible, à moins de prier dans les escaliers de secours ou pas loin du local à poubelles. Je pleurais en priant, tellement je trouvais ignoble de devoir me cacher dans des lieux sales, froids et pas du tout faits pour se recueillir.
Des mois se sont passés, puis des problèmes de santé m’ont forcée à quitter mon travail. Un kheir! Après plusieurs mois en arrêt maladie, j’ai enfin été déclarée inapte à travailler en milieu bancaire.

Mon mari (chauffeur livreur) et moi parlions un jour d’avenir, puis la question s’est posée toute seule : si on montait notre boite?
Lui a des connaissances techniques dans l’audio, moi dans la gestion générale.
La semaine suivante, un ami à lui, infographiste, converti depuis quelques années, lui avait proposé de monter une boite avec lui, car lui aussi en avait marre de rattraper toutes ses prières le soir, tard. Allah fait ce qu’Il veut, et met ce qu’Il veut sur le chemin de ceux qu’Il veut guider.

De fil en aiguille, on a réfléchi au projet, en mettant toutes nos compétences en commun, en cherchant ce qu’on pouvait proposer : une boite d’infographisme, couplée à un studio d’enregistrement (pour TOUT travail audio, pas seulement musical). Chacun aurait sa place, sa fonction et surtout ON POURRAIT PRIER QUAND BON NOUS SEMBLE.

Nous avons durement travaillé pour monter le projet, nous avons mis en commun tout notre argent mis de côté, nous avons subi les remarques démotivantes de nos entourages mais finalement, nous avons réussi : Springfield Records Media Artz est né, nos locaux sont aménagés. Wa al hamdouliLlah : maintenant je peux prier quand je veux, où je veux. Si on m’attrape en jilbeb en train de prier, je ne crains rien la patronne c’est moi.
Nos tapis de prière, nos boussoles, nos tenues campent dans nos bureaux au milieu de notre matériel et d’affiches, de cartes de menu, de maquettes de devantures, etc.

Si je veux faire travailler un(e) muslim(a), je peux, la patronne c’est moi. Et quand viendra le moment où je déciderai (enfin) de me voiler, je ne craindrai rien : la patronne, c’est moi.
Je suis fière d’être musulmane, patronne et femme. Fière de ce que nous avons fait, et surtout fière d’avoir réussi à régler mon principal problème : faire salat sans souci.

Certes le domaine dans lequel je travaille n’est pas le plus halal, mais pour le moment on ne sait faire que ça donc on va commencer par ça pour ensuite faire quelque chose plus en adéquation avec l’islam inshaAllah.
Je ne désespère pas, on ne désespère pas, Allah est Grand, il suffit de placer sa confiance en Lui. Quand on a compris ça, on se découvre une force incroyable, qui nous pousse à réaliser nos buts qui nous paraissent pourtant impossible à atteindre. La foi déplace les montagnes? Oui, je confirme.

Camelia

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