Le sens et la bienséance de l’aïd

Il est des invités que l’on aimerait ne jamais voir partir… Le mois de la miséricorde, de l’invocation, de la bénédiction, du recueillement s’apprête à nous quitter nous laissant, inchaAllah, plus serein et plus fort dans notre foi et face aux épreuves du quotidien. Afin de clore sereinement ce mois béni et de lui adresser l’au revoir qu’il mérite, son départ est accompagné d’une fête appelée Aïd el Fitr (fête de la rupture) ou, selon les pays, Hari Raya Puasa, Korité, Ramazan Bayramı, Mali Bajram, Idul Fitri…

C’est l’occasion de rendre un dernier hommage à cet illustre invité et d’établir un bilan personnel sur ce que nous avons – ou pas – réalisé. C’est aussi un moment de partage et de fraternité où les familles se retrouvent et où les personnes isolées goutent un peu à la douceur de la fraternité grâce, notamment, à la prière en commun qui a lieu au matin de ce jour.

Ainsi, en ce jour d’adieu il est nécessaire de s’interroger afin de savoir si les occasions de parfaire notre foi qui nous ont été données ont été saisies. Il est bon aussi de se résoudre à ne pas laisser filer toute la spiritualité qui nous a accompagnée et de faire une réelle introspection afin de parvenir à garder un peu -beaucoup ^^- de cette ferveur durant l’année à venir. En effet, le jeûne, la lecture du Coran, la prière nocturne, le dhikr, la dévotion, les bonnes actions, l’aumône ne doivent pas être réservés à ce mois et s’il est un bon moyen de s’y (re)mettre nous devons tenter de persévérer dans cette voie, avec Son aide.

Ce jour étant une fête, elle doit être signe de joie, de partage et de fraternité. Investir les enfants grâce à des activités et des présents afin qu’ils s’imprègnent de l’importance de ce jour, partager un repas avec des personnes isolées ou nécessiteuses, distribuer des sourires, profiter de ses proches, saluer ses voisins… Autant d’actions et de comportements qui ont un effet bénéfique sur le cœur et qui permettent en ces temps troubles de réaffirmer le principe de communauté et de fraternité.

Ceux qui ont la chance d’être entourés de leurs proches lors de cette célébration ne doivent pas oublier que certains passeront cette journée seuls. Alors bien sur on ne peut pas inviter tout le monde à sa table mais quelques mots échangés à l’issue de la prière, une visite en fin de journée, une petite carte peuvent se révéler précieux pour ceux qui les recevront.

En dehors des aspects spirituels et fraternels, cette fête est régie par des prescriptions et est idéalement agrémentée de Sunnah fortement méritoires.

Tout d’abord il est interdit de jeûner le jour de l’aïd et la sunnah recommande de manger un nombre impair de dattes avant de se rendre à la prière. Il convient également de procéder aux grandes ablutions (ghusl).
En effet, on rapporte -entre autre- que Sa`îd Ibn Jubayr a dit : « Trois choses sont sunnah le jour de l’aïd : marcher (vers le lieu de prière), prendre le bain rituel et manger quelque chose avant de sortir (s’il s’agit de l’Aid al-Fitr) ». Enfin, porter de beaux vêtements (neufs ou réservés aux jours de fête) fait également partie de la tradition, le Prophète alayhi salat wa salam portait une cape le jour de l’aïd et le vendredi.

La zakat el fitr est à sortir obligatoirement avant la prière sinon elle sera considérée comme une simple sadaqat. On peut donc s’y prendre quelques jours à l’avance sur la base du hadîth de Ibn ’Oumar (radhiallâhu ’anhu) rapporté par al-Bukhârî : « […] Il la donnait un ou deux jours avant la fête de rupture ».

La femme qui y assistera se devra bien sûre de respecter la bienséance en se conduisant discrètement et en sortant dans une tenue appropriée, sans être parfumée ni parée.

La prière finie, il est recommandé de se féliciter mutuellement en utilisant par exemple l’invocation : « Taqabbal Allâhu mina wa minkum » (qu’Allâh agrée nos bonnes actions et les vôtres). Enfin, il est aussi méritoire d’emprunter un chemin différent en sortant de la mosquée et ceci afin de rencontrer une multitude de musulmans et ainsi pouvoir saluer et féliciter le plus grand nombre.

Une des plus belles sunnah de cette fête est de prononcer le takbir (Allâhou Akbar ! ) de manière continue, tel un dhikr, pendant la nuit de l’aïd (au coucher du soleil du dernier jour de Ramadhân), le long du chemin menant à la mosquée et de continuer jusqu’à l’arrivée de l’imam.

Que cette fête soit pour vous un doux moment de recueillement et de partage.
Taqabbal Allâhu mina wa minkum wa ghafar lana wa wa lakoum.