Epreuve de femme : « l’œuf clair »

Une de nos lectrices nous a fait parvenir ce témoignage émouvant concernant une épreuve de la grossesse peu connue : l’oeuf clair.

Oeuf clair

Salam alaykunna wa rahmatullahi wa barakatuhu,

Les épreuves d’Allah sont nombreuses parmi celles-ci, pour la femme, l’oeuf clair. Je vous raconte, si ça peut aider…

Tous les symptômes de la grossesse sont là, la joie et les projets aussi, mais ça ne peut finir qu’en fausse couche spontanée ou, plus rarement, en fausse couche hémorragique. Majoritairement avant la 10ème semaine. Médicalement, soit on laisse « évacuer » naturellement, soit à l’aide d’un médicament qui provoque des contractions ou dans les rares cas les plus graves ou avec complications on fait un curetage par aspiration.

[quote align= »left » width= »550″]Définition d’un œuf clair : sac gestationnel ne contenant aucun embryon. La plupart du temps dû à une anomalie génétique qui n’aurait pas donné un fœtus viable. La division cellulaire s’arrête donc très tôt. [/quote]

DDR (ndlr Date des dernières règles) le 16 mars : mon mari et moi savions tous les deux que j’étais enceinte mais nous n’avons pas voulu nous emballer : nous n’en avons donc plus reparlé jusqu’à fin avril/début mai ! On s’est enfin décidé à acheter un test de grossesse : étant donné la multiplication des symptômes c’était accessoire, mais c’était un peu un permis de rêver. Résultat : positif al hamdoulillah !

Nous vivons à l’étranger et il était déjà prévu de visiter notre famille en France : la confirmation de la bonne nouvelle nous a incité à arrêter une date. On avait même préparé des bodies personnalisés pour que notre fille « annonce » la nouvelle ! Nous en avons profité pour caler tous les rendez-vous médicaux nécessaires : il fallait être efficaces car on ne restait que 2 semaines.

C’était dur de ne pas en parler avec nos proches au téléphone mais j’ai toujours tenu à faire une écho avant d’annoncer une grossesse : je m’attends toujours à une mauvaise surprise en raison de récits entendus et ayant moi-même eu une mauvaise expérience par le passé. Bien que j’ai eu une fille depuis ce malheureux évènement, je préférais rester prudente.

Le jour de l’échographie : nous étions sereins mais bouillonnions d’impatience d’annoncer la grande nouvelle à nos familles.  L’examen était un peu pour se rassurer mais surtout pour accomplir les formalités administratives pour la CAF.
Très gentil l’échographe, et conciliant al hamdoulillah. Il a cherché un compromis entre les besoins de son examen et l’éthique de l’islam, avec le sourire, sans jugement, ni ton, ni regard désapprobateur : ça change !

Première partie de l’écho : très rapidement il m’a dit « si vous le permettez je vais passer en voie endo-vaginale car je suspecte un œuf clair. Je ne vois pas l’embryon, ou alors votre grossesse est plus récente que vous ne le pensez ». Je pense qu’il y a eu un bug dans mon cerveau ! Mon esprit était ailleurs et je pensais à des détails totalement annexes à la situation bouleversante qui s’amorçait.

La 2eme écho a confirmé ses soupçons. Moment de flottement… On a attendu le rapport. On a réglé la consultation et je me suis même fait la réflexion qu’on ne payait pas les dépassements d’honoraire. Mais à ce moment-là, en regardant l’hôtesse d’accueil, j’ai repensé au moment où j’étais suis arrivée et où elle m’avait demandé si je pensais être enceinte. Je lui avais répondu positivement (et avais pensé un grand « oh que OUI!! »). Elle était mimi, ça se voyait qu’elle avait de la peine pour moi. Mon mari a été super à ce moment-là al hamdoulillah mais j’avais besoin de temps pour admettre, je ne sais même plus ce qu’on a fait par la suite.

2 jours plus tard : on a appelé les urgences pour connaître la marche à suivre. Je voulais agir vite afin de rapidement tourner la page. On nous a dit qu’il fallait venir et surtout « si le sang coule comme un robinet ouvert » qu’il fallait venir immédiatement. En raison de précédentes expériences, je n’étais pas emballée à l’idée d’aller à l’hôpital et puis de toute façon pour le moment R.A.S ! Je ne réagissais pas trop mais dans l’après-midi j’ai fini par me secouer et je me suis décidée à y aller.
En arrivant, j’ai fait signe à mon mari d’expliquer. Je ne pouvais pas le prononcer. Je voulais juste en finir. On est allé en salle d’attente ; prise de sang puis on a attendu les résultats 2 ou 3 heures. L’écho a confirmé ensuite le diagnostic. Le médecin m’a indiqué : « Revenez lundi pour que l’on fasse une prise de sang comparative afin devoir si votre BHCG descend et une écho pour voir si on voit quelque chose. Sinon on vous donnera des médicaments. »

Lundi le taux avait baissé et on voyait à l’écho que le sac commençait à se décoller. Si je n’avais pas de saignement d’ici le lundi suivant je devais revenir pour prendre des médicaments. Longue semaine…

Le lundi d’après j’ai eu de légers saignements en milieu de matinée (pas besoin d’y aller). Quelque part j’étais soulagée même s’il ne se passa pas grand-chose dans la journée. En fin d’après-midi ça commençait à ressembler à des règles, comme prévu, mais soudainement ça a pris des proportions anormales. Pardon pour les détails, j’ai senti qu’il fallait que j’aille aux W.C, j’ai perdu un truc de la taille d’un œuf et je me suis dit que al hamdoulillah le sac était parti. Aucune douleur mais ensuite… ah ok c’était ça le robinet ??!!

Impossible de garder une serviette (super night) plus de 10 minutes, les sedari de ma belle-mère s’en souviennent !! Du coup nous avons été obligés de lui expliquer la situation. Mon mari s’en est chargé. Je suis allée dans la chambre changer de serviette mais ça ne servait plus à rien. Mes chaussettes étaient devenues rouges et moi j’étais figée, à genoux, dans une flaque de sang.
Mon mari, ne se doutant de rien, est revenu et m’a aidé à aller dans la baignoire. On avait décidé d’aller aux urgences mais il fallait que je me douche et que je me change. Il y avait trop de sang, partout ! Je suis restée debout dans la baignoire, et ça coulait sans discontinuer. De toute évidence ce n’était pas du tout la totalité du sac qui était parti. Al hamdoulillah mon mari était avec moi dans la salle de bain (même si j’aurais préféré qu’il ne voit pas ça). J’ai profité de quelques secondes d’accalmie pour me rincer et m’habiller.

Avant que je n’ai eu le temps de penser, on y était. Rebelote à l’accueil, c’est mon mari qui s’y est collé… Prise de sang, puis on m’a allongé dans le couloir en attendant. On m’a appelé pour compléter mon dossier. Je n’étais pas à l’aise avec tout ce sang alors j’ai préféré ne pas m’asseoir, sauf qu’à un moment donné, je me suis sentie très très mal. Je ne me souviens plus trop de ce que j’ai ressenti mais j’ai dit « finalement je veux bien m’asseoir ». Quelques secondes plus tard je perdais connaissance. J’ai juste senti que je partais loin, le noir total, et ensuite que mon mari et l’interne me portaient tant bien que mal pour me mettre sur un brancard.

Quelques minutes plus tard le médecin est arrivé (une musulmane al hamdoulillah). Elle m’a examiné, avec une pince elle m’a enlevé des parties de sac, m’a demandé entre autres à quelle fréquence je changeais de protection, ce à quoi j’ai répondu 10 minutes (mon mari m’a fait remarquer le lendemain qu’elle avait écrit 30 ! Elle pensait certainement que dans la panique j’avais perdu toute notion du temps). On m’a fait monter dans une chambre pour me surveiller mais surtout pour attendre 5h du matin car on ne pouvait pas m’anesthésier avant puisque j’avais mangé tard.

Arrivée dans la chambre, des infirmières sont venues se présenter et me mettre une perfusion. Je leur ai demandé à être changée. En ouvrant ma protection elles se sont regardées, paniquées, et m’ont dit : « On ne peut pas vous changer, le médecin doit voir ça. C’est elle qui vous a fait monter, elle doit prendre ses responsabilités ! »

Je ne sais plus exactement par la suite comment ça s’est passé mais je me suis retrouvée dans une salle d’examen. Le médecin est revenu. Il y a eu un attroupement autour de moi, ça sentait la panique, les regards étaient fébriles. Le temps de libérer un bloc et de voir les anesthésistes et j’étais partie pour une opération (aspiration) en urgence. Je perdais beaucoup trop de sang et il fallait donc agir vite.
Petite mise au point avec l’anesthésie et hop dodo. Quand je me suis réveillée j’étais hagarde. Lorsque je suis remontée dans ma chambre, je n’avais qu’une envie c’était de repartir vite. Alhamdoulillah j’ai pu rentrer dans la soirée. Ensuite j’ai saigné à peu près 5 jours, puis plus rien quelques jours et enfin un ou 2 spots perdus.

Je n’ai pu vraiment pleurer que quelques jours après être rentrée. Je crois que je me suis tellement détachée que c’était comme s’il ne s’agissait pas de moi. Maintenant je me sens toujours un peu bizarre, je ne sais pas trop où j’en suis. Le médecin m’a dit d’attendre 3 cycles avant de retenter une grossesse. Nous on s’est dit : qadar Allah ! Mais j’ai peur de retomber enceinte et que ça recommence. En même temps j’aimerais tellement retomber enceinte : bref je suis perdue !

C’était en juillet 2013.

Qu’Allah facilite cette épreuve à notre soeur et la récompense pour son endurance.

N’hésitez pas à lui laisser des commentaires inchAllah <3