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Hébron : ville antique au patrimoine exceptionnel

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Hébron… Ce nom seul évoque toute une histoire, tout un patrimoine, toute une culture… En arabe, « al-Khalîl », en référence au prophète Ibrâhim (ou Abraham, ‘alayhissalam), khalîlullah ou l’Ami intime d’Allah. Cette ville est donc, à l’instar de Jérusalem, une ville trois fois sacrée, une cité prophétique par excellence puisqu’elle abriterait le tombeau d’Ibrâhîm et de sa famille dans le site appelé « Caveau des Patriarches » ou « Mosquée Ibrahimi ».

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Comme les autres villes palestiniennes, Hébron fait partie des plus anciennes villes habitées et connut plusieurs civilisations remontant au moins à 6000 ans. Sa proximité avec Jérusalem et sa localisation stratégique en font une ville attractive pour de nombreuses puissantes dynasties dont les Royaumes des prophètes Dawûd (David) et Soulaymân (Soliman), et les Romains de 37 avant Jésus-Christ à 637 lorsque les Musulmans conquirent la Palestine. Les différents dirigeants musulmans accordèrent à Hébron une importance telle qu’elle devint la quatrième ville sainte de l’Islam (après La Mecque, Médine, et Jérusalem). En effet, en tant que point de passage des caravaniers jadis, Hébron développa un savoir-faire artisanal qui s’illustra dans la poterie, la céramique, la tannerie, et surtout le verre soufflé connu dans le monde entier. Malheureusement, sous le joug de l’occupation israélienne, les fabriques artisanales qui font la renommée d’Hébron sont aujourd’hui détruites…

Aujourd’hui Hébron témoigne de cette richesse culturelle avec ses constructions intemporelles et ses vestiges magnifiques. La vieille ville regorge de sites historiques, tels que les souks couverts typiques de la région, les bains publics, les palais, ou encore la Mosquée Ibrahimi qui est le monument le plus imposant du paysage. Ibn Battuta, le célèbre voyageur maghrébin du 14e siècle, a donné une description de ce lieu : « Je partis de Ghazzah (Gaza, ndlr) pour la ville du Khalîl. C’est une place de peu d’étendue, mais qui tient un rang éminent. Elle est brillante de lumières, belle à l’extérieure, admirable à l’intérieur. Elle est située au fond d’une vallée, et sa mosquée est d’un joli travail, d’une construction solide, d’une grande beauté et fort élevée. […] On dit que Salomon a ordonné aux djinns de construire cet édifice. A l’intérieur de la mosquée est la grotte vénérable et sainte où se trouvent les tombeaux d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, auxquels font face  trois autres tombeaux, qui sont ceux de leurs épouses. »[1]

Hébron, c’est aussi la culture de la vigne pour de délicieux raisins, confitures, et sirops. Une étonnante confiserie (malban) est également préparée à partir de concentré de jus de raisins.

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Outre ce passé multiculturel d’une grande richesse, Hébron n’échappe pas au destin de ses sœurs palestiniennes, et elle est aujourd’hui une ville symbole de la colonisation israélienne. Divisée en deux, une partie est contrôlée par l’Autorité palestinienne, et l’autre par Israël. Cependant, cela n’empêche pas les colons de s’emparer des maisons et des terres palestiniennes en toute impunité, provoquant des affrontements quasi-quotidiens entre les deux communautés.

Cette inimité atteindra son paroxysme lorsqu’en 1994, le juif extrémiste Goldstein ouvrit le feu sur des fidèles en prière dans la Mosquée Ibrahimi, tuant 29 personnes. Les mesures de sécurité furent ensuite renforcées contre… les Palestiniens ! Les routes principales fermées, le Caveau des Patriarches divisé, magasins fermés, logements confisqués provoqueront un exode massif des Palestiniens fuyant la répression et les agressions impunies des colons. Ainsi, la cité autrefois prospère et attrayante est aujourd’hui une véritable ville fantôme.

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Mais les Palestiniens ne sont pas défaitistes, et depuis que la Palestine est membre à part entière de l’UNESCO, leur souhait est de faire inscrire la Vieille ville d’Hébron au Patrimoine mondial de l’Humanité, et ainsi préserver et protéger la mémoire arabo-islamique de ce joyau.


[1] Ibn Battûta, Voyages I. De l’Afrique du Nord à La Mecque, Paris, La Découverte/Poche, 2012, p. 155-156.

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