Nafîsa bint al-Hasan

Encore un nouvel article dans notre série sur les femmes de l’islam.

Il y a deux semaines nous avons parlé de Fatima bint Assad, une mère adoptive exemplaire. La semaine dernière nous nous sommes penchées sur le profil de ‘Amra bint Abd al-Rahman, « un océan de savoir inépuisable ».

Une famille bénie entre toutes

Dans la série des femmes illustres en islam, il est logique de penser d’abord à la famille du Prophète (salaLlahu ‘alayhi wa salam), « ahl al-bayt ». Au moins cinq fois par jour, dans les prières quotidiennes, nous invoquons notre Seigneur de bénir cette famille[1]. Ses mérites et sa supériorité ont été unanimement reconnus par les Compagnons et les musulmans qui leur ont succédé jusqu’aujourd’hui.

Parmi les femmes exemplaires de cette famille bénie, il en est une qui marqua particulièrement l’histoire : Nafîsa, fille de Hasan, et arrière-petite-fille de Hasan fils de ‘Ali ibn Abu Talib (radhiAllahou‘anhou) et de Fatima la fille du Prophète (salaLlahu ‘alayhi wa salam). Elle est née en 145 de l’hégire (762 de l’ère grégorienne) à la Mecque, dans un foyer versé dans le savoir religieux. A cinq ans, elle accompagnait déjà son père à Médine pour participer à des classes d’apprentissage de Coran, de fiqh (jurisprudence) et hadith. Elle maîtrisa ses domaines dès son plus jeune âge, et les enseigna aux femmes et jeunes filles de sa région.

La transmission du savoir

A seize ans, elle épousa Ishâq ibn Ja’far, également descendant du Prophète (salaLlahu ‘alayhi wa salam) du côté d’al-Houssayn, un autre fils de Fatima (radhiAllahou‘anha). Elle eut de lui deux enfants : Al-Qassim et Oum Koulthoum. Ils émigrèrent en Egypte où elle poursuivit son rôle dans la transmission du savoir religieux. Sa renommée fut telle que de grands savants accouraient participer à ses cercles d’apprentissage.

Ainsi, il est raconté que le célèbre imam al-Shâfi’i (rahimahullah) fut profondément marqué par Sayyida Nafîsa. Il avait l’habitude de la visiter fréquemment pour discuter de sujets de fiqh, et en la quittant, il lui demandait toujours d’invoquer Allah en sa faveur. A la mort d’al-Shâfi’i, Nafîsa aurait demandé que son corps soit transporté chez elle afin qu’elle lui fasse une prière spéciale.

Une autre figure de renom, l’ascète Bishr al-Hafi (rahimahullah), lui rendait souvent visite pour profiter de sa sagesse et de son immense savoir. Lorsqu’il tombait malade, elle allait à son chevet. Un jour, l’imam Ahmad ibn Hanbal (rahimahullah) trouva Nafîsa chez Bishr, et lui demanda de prier pour eux. Elle répondit : « Ô Seigneur, Bishr ibn al-Harîth et Ahmad ibn Hanbal cherchent refuge auprès de Toi contre le feu de l’Enfer, accorde leur Ton refuge ! ».

Une femme courageuse

Une femme tenue en si haute estime par deux des fondateurs des quatre grandes écoles de jurisprudence devait avoir atteint un niveau de savoir et de religiosité très élevé. Elle fut d’ailleurs appelée « Nafîsat al-‘Ilm » (Celle au savoir précieux). Ses vastes connaissances lui permirent d’être courageuse et de proclamer la vérité haut et fort sans crainte. Ahmad ibn Touloûn était gouverneur d’Egypte, et instaurait des mesures injustes et oppressives. Le peuple alla se plaindre auprès de Nafîsa afin qu’elle intervienne. Un jour, alors qu’il était de passage dans sa ville, elle l’interpela « Ahmad ibn Touloûn ! ». Il s’arrêta après l’avoir reconnue, et elle lui remit une lettre dans laquelle elle l’enjoignait de cesser ses injustices et de craindre Allah dans sa manière de gouverner. A partir de ce jour, il changea complètement sa politique, et instaura la justice et l’équité dans son pays.

Une piété sans faille

A l’instar de ses ancêtres, Nafîsa était extrêmement pieuse et avide d’actes surérogatoires. Sa nièce, Zaynab bint Yahya (radhiAllahou‘anha) disait : « J’ai été au service de ma tante pendant quarante années durant lesquelles il n’y a pas eu une nuit où je l’ai vue dormir, et pas un jour qu’elle n’a pas jeûné, à l’exception des jours de l’Aïd et du Tashrîq[2]. Un jour je lui ai demandé : « Pourquoi n’es-tu pas clémente envers toi-même ? ». Elle me répondit : « Comment le pourrais-je alors que s’annoncent à moi des épreuves difficiles qui ne seront surmontées que par ceux qui auront réussi ? ». Elle jeûna ainsi jusqu’au jour de sa mort pour rencontrer son Seigneur en état sacré d’abstinence.

Nafîsa a accompli une trentaine de pèlerinages, la plupart à pieds ! « J’ai honte d’aller à la rencontre de mon Seigneur sans avoir marché pour cela », disait-elle.

Elle décéda en 208 de l’hégire (824 de notre ère), et fut enterrée chez elle en Egypte, dans la tombe qu’elle avait creusée de ses propres mains pour lui rappeler la mort et ses affres tous les jours.

Jusqu’aujourd’hui, les Égyptiens continuent d’honorer cette grande dame issue d’une famille bénie. Au 12e siècle, ils construisirent une grande mosquée au Caire qu’ils nommèrent « la Mosquée de Sayyida Nafîsa » (en photo ci-dessus).

Qu’Allah lui fasse miséricorde ainsi qu’ à toute sa famille.

 


[1] Dans le tashahhud final.

[2] Les trois jours qui suivent l’Aïd al-Adha.