Fatima bint Assad, une mère adoptive exemplaire

Article écrit par Jihène

Cette sahâbiya (femme compagnon) est malheureusement peu connue bien qu’elle ait contribué de manière exceptionnelle à l’histoire de l’islam. Elle accueillit au sein de son foyer et éleva comme son fils le meilleur des hommes (salallahu ‘alayhi wa salam) lorsqu’il se retrouva de nouveau orphelin après la mort de son grand-père  Abd al-Mouttalib. 

Il est évident que Fatima a été choisie et honorée par Allah pour éduquer Son noble Messager, le Sceau des prophètes (salallahu ‘alayhi wa salam). Pour cette mission, il fallait une femme digne de ce nom, qui réunirait les qualités nécessaires pour, avec l’aide d’Allah, faire de Muhammad (salallahu ‘alayhi wa salam) le meilleur des hommes, le guide pour l’humanité, porteur d’un message universel.

Son nom est Fatima bint Assad bin Hâshim bin Abd Manâf, épouse d’Abou Talib l’oncle du Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam), et mère de ‘Ali le quatrième calife bien-guidé et de Ja’far le martyr de la bataille de Moutah. Il va s’en dire que cette famille bénie fut un excellent choix d’Abd al-Mouttalib qui, avant sa mort, attribua à son fils Abou Talib la tutelle du Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam). Il savait que Fatima serait cette mère que son petit-fils bien aimé n’avait jamais eue, et qu’il trouverait en ce foyer amour et tendresse.

Ainsi, Fatima prit soin de lui jusqu’à son mariage avec Khadija bint Khouwaylid (qu’Allah soit satisfait d’elle). De cette union naitra, entre autres, une fille qu’il nommera Fatima, probablement pour honorer la mémoire de sa mère adoptive si chère à son cœur.

Lorsque Muhammad fut chargé de sa mission prophétique, elle fut parmi les premières femmes à croire en lui, et tous ses fils se convertirent également. Néanmoins, Allah voulut que son époux Abou Talib ne suive pas leur exemple, mais resta le protecteur de son neveu bien-aimé et mourut non croyant au grand dam du Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam).

Durant l’embargo imposé par les Qurayshites sur le clan des Banu Hashim – celui d’Abou Talib – Fatima fit preuve d’une patience remarquable et d’une foi inébranlable. Pendant trois ans, ce clan fut mis au ban de la société mecquoise, nul n’avait le droit de commercer avec eux, de contracter des mariages avec leurs enfants, ou d’entretenir une quelconque relation. Les Hashémites souffraient tellement de la famine qu’ils mangeaient les feuilles des arbres. De plus, Fatima s’était séparée à contrecœur de son fils Ja’far et son épouse Asma lorsqu’ils émigrèrent en Abyssinie. Puis grâce à Allah, la famille fut de nouveau réunie à Médine lorsque le Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam) reçut la permission divine de quitter La Mecque avec les musulmans.

Muhammad (salallahu ‘alayhi wa salam) aimait profondément sa mère adoptive, il la visitait souvent, et se montrait bienveillant comme elle le fut envers lui. Elle était toujours dans ses pensées même après avoir quitté le foyer d’Abou talib.

Ju’da ibn Hubayra rapporte de ‘Ali ibn Abou Talib (qu’Allah soit satisfait d’eux) : « Le Messager d’Allah me confia une pièce de brocart, et me chargea de le partager entre les quatre Fatima afin qu’elles en fassent un foulard, je l’ai donc coupé en 4 ; un morceau pour Fatima la fille du Messager (salallahu ‘alayhi wa salam), un pour Fatima bint Asad, un pour Fatima bint Hamza (sa cousine, ndlr), et il ne mentionna pas la quatrième ».[1]

Après une vingtaine d’années de foi intense et de proximité avec le Sceau des prophètes (salallahu ‘alayhi wa salam), d’épreuves et de joies, Fatima retourna vers son Seigneur à Médine vers l’âge de 60 ans. Elle eut le privilège de faire partie des rares personnes pour lesquelles le Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam) lui-même est descendu dans la tombe[2]. Lors de son enterrement, il ordonna à ses Compagnons : « Levez-vous pour ma mère », comme s’il tenait à lui offrir une dernière marque de respect sur cette terre.

Anas ibn Malik rapporte que lorsque le Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam) fut informé de la mort de Fatima bint Asad, il se rendit immédiatement chez elle, s’assit à ses côtés et pria pour elle avec ses mots, dernières paroles de tendresse d’un fils pour sa mère, dernier témoignage de sa reconnaissance :

« Qu’Allah te fasse miséricorde chère mère, tu as remplacé ma mère [de sang], tu te privais de nourriture afin que je sois rassasié, tu te privais de vêtements afin de me vêtir, et tu te privais de bonnes choses afin de me les offrir, ton intention était uniquement de satisfaire Allah et l’Au-delà. »

 Il donna sa tunique pour être utilisée comme un linceul pour sa mère, et lorsque la tombe fut préparée, le Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam) descendit s’y allonger et invoqua :

« Allah, Celui qui rend vivant et fait mourir, Il est Le Vivant qui ne meurt pas, pardonne à ma mère Fatima bint Asad et élargis sa tombe au nom de Ton prophète et des messagers avant  moi, Tu es certes Le plus miséricordieux ». Puis il demanda qu’on ensevelisse son corps. (Rapporté par al-Tabarani)

Après ses funérailles, les Compagnons questionnèrent le Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam) : « Ô Messager d’Allah, nous t’avons vu faire deux choses que tu n’as jamais faites auparavant ! » Il répondit : « Je l’ai enveloppée dans ma tunique afin qu’elle soit vêtue des habits du Paradis et que le feu ne la touche jamais, et je me suis allongé dans sa tombe afin qu’Allah la lui élargisse. Elle était la meilleure créature d’Allah envers moi après Abou Talib ». (Rapporté par al-Tabarani)

Ainsi était la mère adoptive du Messager d’Allah (salallahu ‘alayhi wa salam). Elle est un modèle honorable dans ce rôle, un exemple magnifique pour les générations futures, dans un monde où les orphelins sont opprimés et leurs droits spoliés. Elle fut élue par Allah pour élever Son dernier prophète, le père des orphelins. Et par-dessus tout, elle eut l’immense privilège de recevoir son amour et son affection.

Selon Abou Hourayra (qu’Allah soit satisfait de lui), le Messager de Dieu (salallahu ‘alayhi wa salam) a dit : « Celui qui entretient l’orphelin, nous sommes, moi et lui, dans le Paradis comme ces deux doigts ». Le narrateur (Malek Ibn Anas) montra ses deux doigts, l’index et le majeur. (Rapporté par Mouslim)

Que dire alors de celle qui a élevé le meilleur des hommes ?

Que de mères auraient aimé être à la place de Fatima bint Asad, et que d’orphelins auraient rêvé d’être traités comme Muhammad ibn Abdillah (salallahu ‘alayhi wa salam) !


[1] Ibn Hajar al-‘Asqalani, al-Isaba fi Tamyiz al-Sahaba 4/370.

[2] Les trois autres sont : Khadija bint Khouwaylid, Abdallah al-Mazani, Oum Rouman (la mère d’Aisha),