Bilal ibn Rabah

Après avoir fait connaissance avec Abu Bakr, l’ami cher au Prophète ‘alayhi salat wa salam ; laissez-vous entraîner au cœur de la vie d’un autre Compagnon, Bilal ibn Rabah (radhiAllahou ‘anhou) par un hommage personnel, vivant et vibrant d’émotion.

Bilal-bin-RabahQuand on m’a demandé d’évoquer la biographie de Bilal, radhiAllahou ‘anhou, célèbre compagnon, j’ai pensé noir et Abyssinie, j’ai pensé adhân et muezzin, j’ai pensé esclave et liberté. C’était ma cartographie du personnage jusque-là.

Il me fallut donc débuter de plus sérieuses recherches. C’est par un soir de pleine lune, ou presque, posée chaudement au fond de mon meilleur ami, à savoir mon lit, et accompagnée d’un petit (et fidèle) 500 ml de « Hâagen-Dazs strawberry cheesecake » que mes lectures commencèrent.

J’appris qu’il naquit à la Mecque, environ 43 ans avant l’Hégire, qu’il était fils d’une esclave éthiopienne et qu’il fut lui-même esclave. Il embrassa l’islam parmi les premiers convertis et était animé par un désir de liberté émancipatrice. Il faut dire qu’être noir et esclave à la Mecque n’étaient pas les meilleures cartes à jouer à cette époque. Cartes qui lui valurent d’être torturé, persécuté, brimé, rabaissé…

«  Assisté par un groupe de polythéistes, son maître Oumayya Ibn khalaf mettait Bilal à nu au moment où le soleil était au zénith et que la terre sablonneuse de La Mecque s’enflammait sous l’effet de la chaleur torride, puis le revêtait d’une cuirasse en fer et le faisait souffrir intensément sous les rayons solaires embrasés, tout en le fouettant et en lui ordonnant d’injurier Muhammad, ‘alayhi salât wa salâm. En dépit de ce calvaire, Bilâl , radiAllâhu ‘anh, ne soufflait mot à part  : « Dieu est Unique ». »

Tout d’un coup ma glace aux saveurs de cheesecake me parut être de trop. Je m’en séparais donc pour la remettre dans son milieu naturel : le congel, le seul endroit où sa fitrâ n’était pas mise à rude épreuve.

J’essayais de m’imaginer la scène, puis de me visionner à sa place. Sûrement séparée de mon habit de pudeur et exposée à la vue de tous. La peau certainement rouge de par les rayons piquants du soleil de cette zone géographique. Le système nerveux endolori et l’esprit brumeux par cette rude épreuve. A quoi penserais-je ? A Allah ou à trouver un moyen d’en finir avec cette douleur ? A Sa grandeur et Sa puissance ou bien à la portée éphémère mais trop dure à supporter de ce moment ? A la beauté de son message et aux sacrifices à faire pour prouver mon Amour pour Lui ? 

Je ne voulais pas me faire de film, me penser pleine de Foi sublime à me dire que non, je ne sourcillerais pas, je ne L’abjurerais pas. Moi qui souffre dès que mon petit orteil kamikaze se cogne contre la table du salon, est-ce que je m’en sortirais face à tout ça ?  Autant de pensées interrogatives qui se bousculent à la lecture de ces lignes…

C’est Abu Bakr, radhiAllahou ‘anhou, qui le libéra de l’enfer terrestre que lui fit vivre son maître de chair en l’échangeant contre un autre esclave plus vigoureux et fidèle aux polythéistes de la Mecque. Il prit part à la bataille de Badr et à celle de Khaybar. « Ô Bilâl ! Annonce le début de la prière, soulage-nous par cela » Pour son doux et apaisant grain de voix, il fut élu premier muezzin par le sceau des Prophètes afin d’appeler les fidèles à venir s’apaiser auprès de l’Unique.

Après la prise de la Mecque, le Prophète, ‘alayhi salât wa salâm, ordonna à Bilâl Ibn Rabah de monter sur le toit de la Ka’ba et de faire l’appel à la prière alors que les polythéistes se trouvaient dans leurs maisons. Il put par la suite entrer dans l’enceinte de celle-ci ainsi qu’Oussâma Ibn Zayd et Othmân Ibn Talhâ  afin qu’ils accomplissent la prière.

Subhan’Allâh ! « Certes après la difficulté vient certes la facilité » (Sourate ash-Shar, verset 5), en plus d’avoir l’honneur d’appeler à accomplir le deuxième pilier de cette Voie sublime, le voilà en comité restreint avec le meilleur des Hommes à pouvoir répondre lui-même à cet appel ! « Comme est beau le salaire de ceux qui font le bien ! » (Al Imran, verset 136)

Et quand Allâh décida de rappeler Son dernier Messager, ‘alayhi salât wa salâm, Bilâl ne fut plus capable de remplir son rôle de muezzin. Les larmes perlaient son regard dès qu’il prononçait l’attestation de Foi en Muhammad. Par une demande, Abu Bakr, calife de l’époque, le dispensa de cet engagement. Durant ce même califat, il partit pour Dera, près de Damas au Shâm, s’y maria et y demeura de longues années, jusqu’au califat de ‘Umâr. Il vit en songe le Prophète lui dire : « Qu’est ce que cet éloignement, Bilâl ? N’est-il pas temps que tu me rendes visite ? » Paroles qui le poussèrent à rendre visite à son tombeau. Là, se dresse ce récit qui serre la gorge d’émotion :

« Bilâl se réveilla alors attristé et se dirigea vers Médine jusqu’à ce qu’il arriva au tombeau du Prophète où il se mit à pleurer. Ensuite, Al-Hasan et Al-Husayn arrivèrent; il les serra dans ses bras et les embrassa. Ils lui dirent : « Nous voudrions que tu lèves l’adhân à l’aube. »

Il monta alors sur le toit de la mosquée et lorsqu’il commença à dire : « Allah est plus Grand, Allah est Plus Grand », Médine fut secouée. Quand il dit : « Je témoigne qu’il n’existe aucune divinité à l’exception d’Allah », Médine fut secouée davantage. Lorsqu’il dit : « Je témoigne que Muhammad est le messager d’Allah », les femmes sortirent de leurs foyers. Médine, ses hommes et ses femmes, n’avaient jamais été vus pleurant comme ce jour-là. »

Comme sont rares, ces hommes et ces femmes qui touchent les cœurs pour en extraire les larmes ! Comme est belle la Foi qui rend notre âme si précieuse aux Hommes et à leur Roi !

Et comme est vile notre insouciance quant à la banalité qu’on attache à cet adhân…

Et ses derniers mots n’en sont pas moins sublimes… Quand sa femme exclama sa tristesse quant au départ presqu’imminent de la moitié de sa Foi, il lui dit : « Ne dis pas quelle tristesse mais plutôt quelle joie ! Demain, je rencontrerai les bien-aimés : Muhammad et ses compagnons ! »

A chaque fois, c’est pareil. Je lis leurs récits, grandioses dans la joie comme dans les larmes. Des Hommes avec un grand H et des Femmes comme la terre n’en porte plus. Est-ce que je ressentirai un jour leur grandeur d’âme ? Est-ce que je serai aussi l’auteure d’exploits comme les leurs ? Je préfère vivre sans cette aspiration. Leur ombre m’est plus confortable et si un jour, j’ai un éclat de Foi comme ils en ont eu quotidiennement, je pourrais remercier l’Unique en attestant de ma conviction profonde malgré les mais et les si : La illâh ila Llâh. 

Fraternellement, 

Saadia.

http://onewaytoihsan.wordpress.com

Source : http://www.islamopedie.com/biographies/compagnons/bilal.php

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1) Qui a affranchi Bilal de son statut d’esclave ?

2) Doté d’une belle voix, pour quel rôle fut-il connu à partir de l’émigration à Médine ?