A l’école de l’Arabe et du Noir de service

En ces temps où une parole raciste se libère et tend à se banaliser, où la violence fait rage et où les tensions sont exacerbées, intéressons-nous au lieu qui devrait prôner l’égalité, le rassemblement  et la tolérance : l’école. D’hier à aujourd’hui, y-a-t-il une différence de traitement entre les enfants, ceux qui sont dans la norme (ethnique, religieuse, etc.)… et les autres ? Les établissements scolaires cristallisent-ils les préjugés, les scissions et le racisme « ordinaire » qui sévissent dans la société contemporaine ? Réflexion.

A bonne école ?

L’école est ce lieu auquel nous confions nos enfants, en principe, en toute confiance. Une éducation y est donnée, des notions élémentaires. C’est dans ce cadre structuré que nos petits reçoivent une certaine instruction. Quand on pense au temps passé à l’école, on espère et aspire à ce qu’ils y soient épanouis, heureux et respectés.

L’école c’est aussi un endroit où l’enfant devrait, en principe encore une fois, être confronté à la diversité. Richesse absolue pour se construire sereinement en tant qu’individu altruiste, aux valeurs universelles.

Je suis métisse. Mon mari l’est également. Enfants, nous avons déjà été confrontés au racisme classique et ordinaire dans les enceintes scolaires. On peut aisément compter le nombre de situations amoindries par les enseignants, relativement démunis à l’époque, face aux remarques, aux insultes. Par crainte d’avoir le sentiment de faire beaucoup de bruit pour rien, nos mamans (blanches) ont toujours fait profils bas.

« Les enfants sont méchants entre eux »

Je le croyais moi aussi, jusqu’à ce que je devienne maman à mon tour et inscrive mes enfants à l’école. L’adage de la pomme qui tombe rarement loin de son arbre est d’application. L’enfant est souvent dans l’imitation et la reproduction des adultes ignorants. Qu’ils soient parents ou enseignants.

J’étais dans la cuisine à préparer le dîner quand ma fille de 6 ans m’a détaillé le programme du spectacle de fin d’année dans son école.

Madame P. avait eu la super bonne idée de la « déguiser » en « princesse africaine ». Particulièrement à cheval sur certaines choses, je me permets alors de souligner que l’Afrique est grande et qu’une princesse africaine bien stéréotypée était déjà un peu limite. Mais j’y vois alors le positif. Peut-être est-ce l’occasion de confectionner une belle tenue à ma Noa, qu’elle soit fière de ses origines… C’est ce que je pensais avant d’entendre de la bouche même de l’institutrice que l’idée était de la faire chanter sur « chaud cacao » de Annie Cordie. A la base, il était même prévu de grimer quelques enfants en « noirs » (cirage ou peinture). Elle aurait abandonné le grimage,  faute de n’avoir pu trouver de perruques « afros ».

Con-ster-née.

Tant par la forme que par le fond. Parce que Madame P. n’a pas UNE SEULE MINUTE pensé qu’il y avait un problème dans sa démarche et ce, même après avoir tenté de lui expliquer l’objet de ma colère.

Et il est là le problème. Le vrai. C’est que la majorité des gens qui s’abrutissent du racisme ordinaire, n’ont non seulement pas conscience qu’ils peuvent blesser mais en plus, ils ne sont sincèrement pas méchants. Je l’ai compris quand elle m’a expliqué avoir voulu faire ça pour « mettre à l’honneur » ma fille.

Là, où j’ai cessé tout contact avec l’école c’est lorsque l’on m’a donné l’impression de faire beaucoup de bruit pour rien. Pas un instant, on a considéré notre sentiment d’avoir été insultés. Des excuses auraient été de rigueur mais nous n’avons visiblement pas la même notion du respect. C’est la preuve qu’il y a un sérieux malaise.

Le racisme en transmission ?

Comment est-il possible de mettre fin à toute forme de racisme si l’adulte ignorant continue à transmettre cela en relais ? Les Chinois sont tous des ninjas à la peau jaune, les Indiens plumés à la peau rouge, les Arabes barbus ressemblent à Aladin et les Noirs sont grimés de cirage avec des cheveux crépus ?

Non, ça ne peut plus continuer. Pas au XXIe siècle.

Je me suis juré de ne JAMAIS plus RIEN laisser passer. Si je fais profil bas comme l’avait fait ma mère à l’époque, ma fille finira par se défriser les cheveux comme je le fais aujourd’hui.

Peut-être aurais-je dû emmener ma fille grimée en « blanche » le jour du spectacle afin d’éveiller les consciences  ?

Je ne sais pas. Le fait est que l’école ne peut plus se construire de manière hermétique. S’ouvrir aux autres et le respect devraient avoir autant d’importance que les mathématiques et le français. Alors bien évidemment, je ne crache pas toute ma colère sur l’école, l’enfant y est déposé avec son bagage et l’éducation qu’il reçoit en famille. Néanmoins, elle doit prendre le relais et donner des clés de conscience collective. Ce n’est certainement pas en cultivant le racisme ordinaire qu’elle aidera dans l’évolution des mentalités.

L’école n’est pas parfaite, nous non plus. Aidons-là. Aidons-nous. Ne nous taisons plus.

Jessica BEAUFORT

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