Guantanamo : la prison de la honte

Peut-être avez-vous entendu quelques murmures à peine audibles dans les medias ? Peut-être avec-vous brièvement entraperçu des photos de manifestants menottés vêtus de combinaisons orange et encapuchonnés de noir ? Lisez ces quelques lignes pour avoir un aperçu minime de l’injustice éhontée qui se joue sous nos yeux fuyants.

Guantanamo… Ce nom porte une aura bien funeste et symbolise les manquements du gouvernement américain, le danger des jugements arbitraires et l’iniquité des arrestations de musulmans qui avaient pour seule faute d’avoir l’apparence du spectre du terrorisme.

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Cette prison sise à Cuba et créée en 2002 a fait couler de l’encre lorsqu’une infime partie des atrocités (torture, humiliations, privations, etc.) ont été dévoilés par des soldats impudiques et impudents qui se gargarisaient de leur cruauté en  immortalisant leurs forfaits à grands renforts de photos et vidéos. Révélatrice de l’échec cuisant de la politique de l’administration Bush dans sa lutte aveugle contre l’ennemi invisible, Guantanamo est fondée sur une création juridique imaginée par ce gouvernement, au mépris de toutes les conventions internationales, permettant d’arrêter et de détenir de façon illimitée des Hommes sous de simples présomptions. Sur les 779 prisonniers issus de 48 pays, seuls 9 ont été condamnés ou présentés devant un tribunal… Triste conception de la justice. Barak OBAMA s’était engagé il y a 5 ans à fermer ce pastiche de prison mais visiblement le fameux « Yes we can » n’a pas été suivi par les actes. Ainsi, depuis le 6 février dernier, une grande majorité des 166 derniers détenus ont lancé leurs dernières forces, tel un appel à nos consciences embuées, dans une grève de la faim. Qu’Allah les aide à surmonter cette épreuve et puissions-nous chacun à notre échelle contribuer à faire connaitre cette situation aussi monstrueuse qu’absurde.

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Pour illustrer un de ces morceaux de vie qui a volé en éclat, nous souhaitons vous parler du cas de Shaker Aamer qui a été porté à notre connaissance. Shaker est un citoyen britannique d’origine saoudienne détenu dans les geôles de Guantanamo depuis plus de 10 ans. Son crime ? Avoir été au mauvais endroit au mauvais moment puisqu’il a simplement été capturé alors qu’il œuvrait dans une association humanitaire en Afghanistan. Après les attentats de 2001, il ne faisait bas bon être musulman dans ces contrées que l’administration Bush s’était octroyée. Sans preuve, en toute illégalité et en toute illégitimité, Shaker croupit donc en prison, à l’instar de nombre de ses codétenus, privé des droits humains fondamentaux, privé de l’amour de sa famille,  privé de sa liberté et de sa dignité : une vie confisquée. Devant l’absence de preuves, il est déclaré libérable depuis 2007 et pourtant…

Sa femme Zinneera Aamer se bat pour faire entendre sa voix et retrouver son époux. La lettre qui suit fut postée sur Cageprisoners et exprime la force de ses sentiments et de sa détresse.

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Assalamu Alaikum, que la Paix soit sur vous mes frères et sœurs,

Et salutations à tous de mon époux Shaker Aamer.

Par la grâce d’Allah nous faisons face à la situation et je suis bienheureuse d’avoir mes enfants car ils sont actuellement toute ma vie. Ils me donnent la force  lorsque les jours sont tristes et longs et je remercie Allah pour cela. Qu’est-ce qu’une vie heureuse ? 

Je ne cesse de me poser cette question. Je ne peux retranscrire mes plus profondes pensées profondes tant il y a de choses qui traversent mon esprit au moment où j’écris cette lettre, mais je vais essayer. Nous semblons toujours vouloir plus et vouloir être avec mon époux n’est pas trop demander. Chaque personne a le droit d’être avec ceux qu’elle aime et d’apprécier ce que la vie a à offrir.

Il me semble parfois que la vie s’est figée et je ne puis parvenir à m’échapper de  ce sentiment. Le temps que nous avons partagé, bien que ce ne fussent que 5 années suivant notre mariage, sera à jamais chéri. Tout cela paraît être un rêve. L’absence de Shaker a eu une incidence fort négative sur notre vie de famille. J’ai eu à prendre en main ses responsabilités ainsi que les miennes, et cela me cause beaucoup de stress. Je suis bien aise d’avoir ma famille et la sienne pour soutien mais il y a une limite à ce qui peut être fait et tous ont leur propres responsabilités.

Shaker était toujours présent émotionnellement et physiquement pour moi et pour mes enfants.  Il était un époux et père aimant. Sans lui nous avons traversé de nombreuses péripéties.

Il était au mauvais endroit au mauvais moment lorsque ce qui pour nous est l’évènement le plus terrible de l’histoire se produisit. Shaker se trouvait là pour aider les pauvres en Afghanistan, mais il devint lui-même victime d’une injustice. Lorsque j’y songe cela me peine profondément.

Dans ses lettres il m’invite à être forte, à poursuivre, et me dit qu’il sera bientôt à la maison. Je continue à espérer et attendre le jour où justice sera rendue à mon époux et ma famille. La vie est réellement difficile, mais je ne cesse de me dire qu’il sera bientôt rentré et que tout ira bien ; mais ce n’est pas le cas, et tristesse et adversités se sont accumulées depuis 11 années. Mes enfants me demandent : «  Maman, sommes-nous la famille qui souffre le plus au monde ? » Je me sens impuissante et j’aimerais pouvoir faire quelque chose pour changer notre situation. Je suis triste que Faris n’ait jamais vu son père. Il aime s’amuser avec les jouets que Shaker a achetés pour mes autres enfants ; ils lui sont très spéciaux.

Les enfants ont un droit à être avec leurs parents ; ceci est un droit fondamental. Mes enfants étaient attachés à leur père et le fait qu’il ait été enlevé à leur existence est une totale injustice. Je souhaite pour mes enfants ce que n’importe quelle mère souhaiterait : d’être réunis avec leur père avant qu’il ne soit trop tard. Il a été déclaré libérable mais est toujours détenu à Guantanamo et torturé sans pitié. Nous sommes constamment en état d’anxiété et espérons toujours un miracle.

Il serait dans l’intérêt des enfants qu’il soit à la maison afin qu’ils puissent ranimer cette relation qu’ils ont eu une fois. Mon plus jeune fils Faris aurait l’occasion de construire quelque chose de nouveau, une relation qu’il n’a jamais vécue. C’est une opportunité de remettre les choses en ordre, le Gouvernement Britannique étant connu pour son système judiciaire, il est dès lors crucial qu’il s’affirme à cet égard. Je supplie avec chaque larme que je verse, libérez Shaker et ramenez le sourire à mes enfants, « S’IL VOUS PLAIT, RAMENEZ MON EPOUX A LA MAISON. »

Epouse de Shaker Aamer,

Zinneera Aamer