Halal Food : Responsabiliser sa consommation ?

Depuis quelques années, l’étape courses pour les musulmans soucieux et avertis s’est transformée en véritable parcours du combattant, entre chasse au vrai/faux halal, analyse scientifique des étiquettes, et étude géopolitique de la provenance des produits, pas simple de s’y retrouver. C’est pourquoi nous vous proposons un petit décryptage de nos modes de consommation afin d’y voir plus clair et consommer plus sainement.

Responsabiliser sa consommation ?

Tout d’abord soyons conscients que halal ne rime malheureusement pas avec qualité ni avec équité et éthique. En tant que consommateurs musulmans plusieurs choix s’offrent à nous lorsqu’il s’agit de nos achats.

Concernant la nourriture, pour certains la seule mention halal est suffisante et le discours, encore trop fréquent malheureusement, sera « Moi je me fie à l’étiquette si c’est faux c’est celui qui ment qui récoltera le péché » ; cette philosophie est, selon moi, une négation de la sagesse de l’ordre divin, car la prescription de manger une nourriture licite tel que cela nous est ordonné n’est pas qu’une simple obligation, non, cette prescription renferme bien des sagesses et se veut protectrice pour l’Homme et l’animal. Ainsi, au delà de la manière dont la bête aura été abattue, le musulman doit se soucier de la manière dont elle aura vécue, dont elle aura été nourrie et traitée. Ainsi consommer halal ne se limite pas à une mention sur une étiquette car le respect de l’abattage ne garantit pas forcément le respect de l’élevage. Alors bien sur, la première mesure est de s’assurer que l’abattage aura été conforme aux prescriptions religieuses mais n’y a t-il rien d’autre ?

La question que nous devons nous poser est : pour que la nourriture soit halal, faut-il être vigilant uniquement à la façon dont la bête a été tuée et/ou l’absence de l’additif E25012 ou devons-nous chercher plus loin et prendre également en compte le respect des animaux, de la terre, des producteurs et de nos valeurs ?

Si l’on prend l’exemple de la surconsommation de viande ou d’huile de palme et que l’on sait à quel point elles sont néfastes pour notre corps et la planète, n’est-il pas plus « halal » de consommer moins mais mieux ? Comment ? En évitant les produits contenant cette huile néfaste et pour la viande en diversifiant les sources de protéines.

Parmi ces sources alternatives se trouvent les œufs ou le lait pour lesquels la question de halal au sens « abattage » du terme ne se pose pas. Mais consommer des œufs de poules élevées en batterie, écrasées les unes contre les autres dans leurs cages ou agrémenter son nescouic d’un lait provenant d’une vache ayant souffert lors de la traite est-ce licite ? Est-ce en accord avec les préceptes divins ? Ne devrions-nous pas privilégier la consommation d’aliments issus de bêtes dont les conditions d’élevage sont en accord avec le respect dû à ces créatures qui nous nourrissent ? Et si considération de l’animal signifie produits plus onéreux on se réfère à la question précédemment posée : « n’est-il pas plus « halal » de consommer moins mais mieux ? »

Autre exemple avec les produits de beauté que nous utilisons, est-il plus important de rechercher celui ne contenant pas d’alcool plutôt que celui n’ayant pas été testé sur les animaux ? Cette seconde question est encore trop souvent négligée alors qu’elle devrait se poser bien avant la première.

Cette approche du « halal » est valable aussi bien pour les bêtes que pour les humains. Si le respect de l’animal doit être prioritaire, alors que dire de celui de l’Homme ? Qu’il s’agisse du paysan ayant vu le fruit de son travail confisqué puis revendu sur nos étals ou le producteur dont les récoltes engraissent les multinationales mais qui n’arrive pas ou peu à subvenir aux besoins des siens, le respect n’est plus de mise aujourd’hui, alors quel rôle peut-on jouer à ce niveau ?

Nous devons être vigilants sur la provenance des produits car notre morale veut que les dattes se trouvant sur nos tables ne soient pas celles volées à nos frères de Palestine. Penchons-nous aussi sur les principes du commerce équitable et des coopératives qui proposent une nouvelle manière de consommer avec pour objectif le respect du travail et des terres des petits producteurs, les rendant plus indépendants et leur permettant de vivre mieux.

Donc en plus de traquer le redoutable colorant E6572 soyons attentifs à :

– ce que les animaux aient été bien traités, nourris et sacrifiés
– la provenance des produits car certains fruits ont le goût du sang
– la manière dont ils ont été récoltés, car le respect de l’équilibre de la nature nous concerne et que nous savons à quel point les ressources sont précieuses.
– l’équité envers chaque acteur de la production car nous ne devons plus être complices de la paupérisation des paysans et agriculteurs autour du monde.

En résumé, il est du devoir de chacun de consommer avec éthique et responsabilité, non seulement pour se conformer aux prescriptions divines mais aussi afin de se conformer à la morale que tout musulman devrait avoir.