« Si vous voulez raconter un malheur, servez-vous de ma vie »

Salam aleikoum,

Je me permets de vous écrire pour vous faire part de mon histoire suite à votre appel à témoins.
Pour ma part c’est « je me suis mariée car ma situation m’y obligeait » ; vous allez comprendre.

Tout commence lorsque j’ai 8/9 ans, âge auquel j’ai été violée.
Pendant des années je ne me suis pas rendu compte de l’impact de cet acte jusqu’à mon adolescence où avec les cousines on parle de virginité, et là je me suis « rendue compte » que je ne l’étais plus.
Je n’en dormais pas la nuit. Je décidais d’en parler avec un cousin du bled. Qu’elle a été mon erreur que je paierai plus tard dans ma vie car on correspondait pendant des années par lettre, il disait qu’il m’aimait et moi naïve, je suis tombée dans le panneau. Il était pour moi une sorte de « bouée de sauvetage » car ma vie était un enfer : une mère trop sévère, mon physique « pulpeux »qui me valait des réflexions de ma famille… ma seule évasion était l’école, et les lettres de mon cousin.

Lorsque je partais au Maroc, je vivais au rythme du ménage, cuisine, nounou, et avec encore des réflexions sur mon physique. Je sortais très peu sauf pour aller à la plage avec tout la famille et mes cousines qui elles, avaient des tailles mannequin. Je le vivais comme une humiliation ; j’étais la seul en maillot une pièce ou mini robe pour cacher mes formes. Je ne partais au Maroc que pour voir le cousin avec qui pouvais parler.

Puis à 16 ans j’ai fais la connaissance d’un homme, via sa soeur qui était une copine. Je suis tombée sous le charme de suite. Nous nous sommes fréquentés; il me disait qu’il avait comme projet d’émigrer à l’étranger, plus précisément à Londres. Comme il a été franc et honnête dès le début, je suis tombée amoureuse de lui et comme à l’époque internet et téléphone portable n’existaient pas, on communiquait avec des lettres que je faisais suivre chez une amie.
Puis un jour, plus de nouvelle de lui.

L’année suivante je suis partie au Maroc et la première chose que j’ai faite c’est d’aller chez sa soeur. Lorsque je lui ai demandé où était son frère, elle m’a répondu qu’il était venu me demander en mariage et que mon oncle, mon frère à mon père lui avaient dit que j’étais fiancée à mon cousin, et par le fait, il se maria avec une autre. Quel choc cet été-là, un autre cousin m’a demandée en mariage, ainsi qu’un autre homme et comme je n’étais plus vierge, j’ai accepté le cousin en mariage et en 1 semaine tout était fait.

Lorsque je suis rentrée en France, j’ai commencé à faire les démarches, et comme cela tardait je suis partie au Maroc. Comme nous étions mariés, nous avons consommé le mariage. Puis je rentrais en France, et mon mari me rejoignit et là je me suis aperçu que j’étais enceinte. Pour moi c’était la logique des choses, mais pour lui non. Il m’a forcée à avorter et en personne soumise je l’ai fait (qu’Allah me pardonne).
La famille voulait absolument une grande fête (pour célébrer l’arrivée de mon mari), moi non ; mais contrainte, j’ai dû accepter, malgré que j’avais perdu l’homme de ma vie et tué mon bébé.

Les problèmes commencèrent lorsqu’il voulu les papiers. Puis ensuite, il me mit ma famille à dos en me faisant passer pour « la méchante », et j’avais peur de lui. Je pensais qu’il allait me sortir de mon enfer mais il m’a plongée dans un autre et encore plus brûlant. Au bout de 2 ans d’un mariage chaotique, enceinte j’ai décidé de divorcer et là, un autre combat à commencé, celui de me battre contre ma communauté. J’étais la pestiférée, on ne m’invitait aux mariages que par respect pour mes parents.

Ma fille est née et j’ai dû retrousser mes manches et faire en sorte qu’elle ne manque de rien.

Il y a 6 mois, je me suis remariée après 6ans de célibat ; et là j’ai du mal à me faire à ma vie de couple.
Je me suis mariée car je voyais ma mère et mon père malheureux et ils ne manquaient pas une occasion de me rappeler ma situation. Je n’aime pas mon nouveau mari. Je suis enceinte de 3 mois je ne rêve que d’une chose, c’est d’être seule avec ma fille et mon futur bébé. Je passe mes journées à pleurer et à penser à lui, l’« homme de ma vie » avec qui je n’ai jamais pu me marier. Je donnerais tout ce que j’ai pour passer une journée avec lui.

Voilà mon histoire ; je ne la souhaite à personne même pas à mon pire ennemi.

Aujourd’hui j’attends la naissance de mon enfant et je m’occupe de ma fille. Je vis sans conviction parce que mon coeur bat encore mais sans aucune passion. Je vis pour mes enfants. Comme dirait Umrao Jaan (un film bollywood), « si vous voulez raconter un malheur, servez- vous de ma vie ».

Sœur anonyme.

Imane magazine tient à rappeler qu’outre le vécu de chacun, l’islam réprouve la mixité homme-femme . Dans toutes leurs affaires, les hommes ainsi que les femmes doivent respecter les enseignements de l’ Islam qui appellent à la piété, à la vertue , à l’obéissance aux commandements d’Allah et aux injonctions du prophète salallahou ‘alayhi wa salam ».
« Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. Cela est plus pur pour eux. Dieu est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Dieu, ò croyants, afin que vous récoltiez le succès. »  sourate An Nur
Le prophète salallahou ‘alayhi wa salam a dit: « Que personne parmi vous ne s’isole avec une femme parce que Satan est leur troisième ». (Ibn Hibbane)

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