Un virus nommé médisance

La sauvegarde et le respect du lien fraternel sont un devoir pour chaque musulman. Nous le savons tous et toutes : la médisance et la calomnie sont de grands péchés dans notre religion. En effet, Allah le Très-Haut a dit dans le Coran : « Ô vous qui avez cru ! Evitez de trop conjecturer [sur autrui] car une partie des conjectures est péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? (Non !) vous en aurez horreur. Et craignez Allah. Car Allah est Grand Accueillant au repentir, Très Miséricordieux. » (Sourate les Appartements, verset 12).

Quant aux hadiths, ‘Aicha (radhia Allah anha) rapporte : « J’ai dit au Messager d’Allah (salaLlahou ‘alayhi wa salam) : « Vois-tu comme Safiyya est faite (certains transmetteurs soutiennent qu’elle lui faisait part de la petite taille de Safiyya) ? » Il m’a répondu : « Tu viens de dire une parole qui, si elle était mélangée à l’eau de mer, l’aurait polluée. »
Rapporté par Abou Dawud et At-Tirmidhi.

Pour entrevoir la très grande importance de ces commandements, penchons-nous un instant sur la définition du mot « anatomie » : c’est l’étude de la structure et des organes d’un être vivant. Ainsi, illustrons un exemple, et imaginons l’ensemble de la communauté musulmane mondiale comme cet être vivant. Sa structure serait le Coran, ses lois, la foi, les obligations, les interdictions ; en résumé l’ensemble des choses indispensables à la viabilité et la durabilité de cet être vivant, représentant également la perfection de sa création.

Chaque individu musulman, selon sa foi, sa fonction, sa connaissance de la religion, serait le symbole d’une cellule, d’un fragment, d’une veine sanguine, ou même un organe vital du corps ; ses fonctionnements si complexes et grandioses, si mystérieux et extraordinaires, ces interactions fabuleuses, pourraient représenter les différents flux et rôles de la communauté.

De ces fragments et organes indissociables et indispensables les uns aux autres, interagissent les fonctions propres et communes, les rôles partenaires, maintenant l’équilibre si subtil et énigmatique de la vie.  Ces fonctions, ces rôles si spécifiques à chaque fragment ou organe, si différents les uns des autres, pourraient symboliser les intentions, les comportements et les qualités. Dans son effort à mener à bien sa mission, chaque organe contribue à la sauvegarde des autres organes, gardant pur et fort l’ensemble du corps.

Ce phénomène  qu’est la possibilité, la réussite de cet équilibre, où tout, absolument tout se tient, émane de la puissance de ces interactions et la force de l’union de ces organes travaillant les uns pour les autres.

Gardez donc à l’esprit que vous êtes cet « individu-organe » et que sans votre fonction, sans votre effort, le corps souffre. Il se pourrait même qu’il succombe rapidement à une maladie dévastatrice. Pire, il agoniserait avant que le souffle de vie ne le quitte. OUI ! Votre fonction, votre mission, votre effort, sont autrement plus importants et essentiels que ce que vous ne le pensiez jusqu’à maintenant.

Bien que la structure du corps soit parfaite en elle-même, il se peut que le corps soit victime d’un virus, absorbé inconsciemment par l’organisme. Trop tard, le corps est pris au piège de l’intérieur. Le virus gagne du terrain, il gangrène les organes un à un à une vitesse effarante et cela va nuire très gravement à l’ensemble de l’organisme jusqu’à la moindre cellule. Ce virus pourrait symboliser la médiocrité des paroles, la vulgarité, la rumeur, la critique, la moquerie, la sournoiserie, la polémique… OUI ! Ce virus est d’une dangerosité extrême, une imprudence ingurgitée de façon insouciante par la langue, un danger on ne peut plus mortel pour tous les autres organes.

C’est pour cette raison logique que la sacralité du lien fraternel en Allah (Glorifié-soit-Il) doit être scrupuleusement et fermement rappelée lorsque le virus atteint un organe, quel qu’il soit (la fermeté n’excluant pas la douceur) ; car si un fragment ou un organe est touché, c’est bien le corps lui-même qui est touché ! Face à cette contamination, notre fonction primaire étant de maintenir l’équilibre, l’organisme doit entrer en lutte acharnée pour éradiquer le virus que représente ce péché malheureusement banalisé et répandu. Vos efforts contribueront à fortifier le corps de la communauté et l’immunisera dans l’avenir inchaAllah de ce virus si dégradant.

On ne le dira jamais assez, on ne prendra jamais assez conscience que la médisance (et tout ce qu’elle comporte) et la calomnie sont de graves péchés en islam car ils contaminent le corps tout entier, cette noble et sublime cohésion, en affectant inévitablement la perfection de cette création. Oserez-vous donc encore tel un virus, contribuer à l’affaiblissement de la création du Créateur ? Car certainement l’affaiblissement amène souvent à l’anéantissement et au chaos.

Clôturons cet article par quelques hadiths :

Selon Abou Hourayra (radhia Allah anhu), le Prophète (salaLlahou ‘alayhi wa salam) a dit : « Celui qui croit en Dieu et au jour dernier, qu’il dise une bonne chose ou se taise. » (Unanimement reconnu authentique)

Abou Musa (radhia Allah anhu) rapporte :

« Je dis une fois : « Ô Messager de Dieu ! Quel est le meilleur Musulman ? » Il dit : « Celui dont les Musulmans (ou les gens) sont à l’abri de sa langue et de sa main. » (Unanimement reconnu authentique)

Selon Sahl Ibn Sa’d (radhia Allah anhu), le Messager de Dieu (salaLlahou ‘alayhi wa salam) a dit :

« Celui qui me garantit ce qu’il a entre ses deux mâchoires (sa langue) et entre ses deux jambes (son sexe), je lui garantis le Paradis. » (Unanimement reconnu authentique)

Abou Hourayra (radhia Allah anhu) rapporte qu’il a entendu le Prophète (salaLlahou ‘alayhi wa salam) dire :

« L’homme prononce certainement un mot sans bien y réfléchir et ce mot le fait glisser dans le Feu plus loin que la distance qui sépare l’Orient de l’Occident. » (Unanimement reconnu authentique)