L’aïd el adha : son sens et sa bienséance

Le douzième mois du calendrier musulman est entamé, Dhul Hijja, mois sacré par excellence, offrant aux musulmans de nombreux bienfaits et renfermant bien des mérites. Pour certains, ce sera l’occasion d’accomplir le hajj, le voyage d’une vie, pour les autres il aura été célébré par le jeûne des 9 premiers jours qui précédent la fête du sacrifice : al Aïd al adha (aussi appelée Aïd el kebir, grande fête.).

Aid el adhaCette célébration est tout d’abord un rappel pour chacun d’entre nous. Rappel de la foi immense qui animait khalil Allah, l’ami intime d’Allah, Ibrahim alayhi salam. En effet, comme nous l’enseigne le Coran et de nombreux ahadith, il lui fût demandé de commettre l’un des actes les plus terribles que l’on puisse demander à un parent, celui de sacrifier son unique enfant qu’il avait tant désiré. Bien évidemment, comme chaque épreuve touchant un croyant, ceci n’était qu’une manière d’amplifier sa foi et de lui octroyer une récompense pour sa patience :

« Seigneur, fais-moi don d’une [progéniture] d’entre les vertueux.
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime.
Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ». (Ismaïl) dit : « Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants ».
Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes « Abraham ! Tu as confirmé la vision.
C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants ».
C’était là certes, l’épreuve manifeste. Et Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse. Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité : « Paix sur Abraham ». Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants ; car il était de Nos serviteurs croyants. »
{Sourate 37, As Saffat, versets 100 à 111}

Combien d’entre-nous pourraient répondre à cette demande, combien se seraient rendus à ce « rendez-vous » le cœur serein et confiant ?
Cet événement est une occasion pour chaque musulman de faire son introspection ; c’est une véritable remise en question qui, si elle est réalisée dans le but de se rapprocher du Créateur, ne peut s’avérer que bénéfique.

Au delà d’une remise en question, cela nous permet également de nous rappeler le véritable sens de l’épreuve et d’apprécier tous les bienfaits qui nous sont accordés. Que sont mes épreuves comparées à celle-ci ? Quelle est ma réaction lorsque je suis touché(e) ? Nous avons tous les remèdes, toutes les solutions mais nous ne les utilisons que trop peu et nous laissons bien souvent submerger par le manque de confiance et de persévérance. Qu’Allah nous guide et nous pardonne.

Un exemple de foi, de dévotion, tel était le secret d’Ibrahim : il s’endormait avec le souvenir de Dieu et se réveillait dans Sa lumière. Du matin au soir, son cœur n’était empli que de son amour. Ce don de soi lui a permis de trouver l’énergie de se conformer à Son ordre. A nous de nous en inspirer et de tirer leçon de cette commémoration.

La célébration de la fête du sacrifice est régie par des obligations et des sunnas.

Tout d’abord le sacrifice en lui-même, fortement recommandé ou obligatoire selon les avis (pour celui qui en a les moyens). Quoi qu’il en soit, celui qui procède à cette offrande perpétue une sunna et cela est un immense mérite qui apporte de grandes récompenses.
Cet acte répond à des règles bien précises. Le moment du sacrifice doit avoir lieu après la prière de l’aïd et peut s’étendre jusqu’à 3 jours (dit de tashriq). La bête sacrifiée doit faire partie des chamélidés, bovins, ovins ou caprins, avoir atteint une certaine maturité selon sa race et être exempte de certains défauts corporels ou d’infirmité. La personne chargée du sacrifice doit être adulte, saine d’esprit et libre. La sunna recommande de partager la bête et d’en réserver une partie pour les nécessiteux.

La prière de l’aïd, qui est considérée soit comme obligatoire soit comme fortement recommandée, est composée de deux raka’at puis d’une khotba de l’imam. La sunna recommande au croyant de pratiquer le bain rituel (ghusl) et de revêtir ses plus beaux vêtements, de ne pas manger avant la prière, de se rendre au lieu de prière de bonne heure afin de pratiquer le dhikr de ce jour sur le chemin et avant le début de la prière (Allâhou Akbar Allâhou Akbar Allâhou Akbar ! lâ ilâha illa Allâh ! Allâhou akbar Allâhou Akbar walillâh il-hamd) et d’emprunter deux chemins différents pour l’aller et le retour afin de pouvoir rencontrer et féliciter un plus grand nombre de musulmans. Les félicitations sont importantes et permettent de renforcer les liens de fraternité et d’amour entre les musulmans. Il n’y a pas d’invocations obligatoires mais la tradition nous offre des exemples comme par exemple, comme le dit Jubayr Ibn Nufayr : « Au temps du Prophète — paix et bénédictions sur lui — lorsque les musulmans se rencontraient le jour de l’Aïd, ils disaient ’Taqabbal Allâhu minnâ wa minka’ » (Ibn Hajar).

Enfin, comme pour tout événement heureux, la bienfaisance, le partage, la communion sont conseillés en ce jour. Visiter sa famille et/ou ses voisins, investir les enfants et leur offrir une vraie journée de fête, se remémorer les faveurs dont nous avons été comblés permettent de rendre ce jour précieux et de renforcer notre foi.

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